Chaque année la même rengaine : « eh ben, cette promo, ça va pas être gagné pour les examens ». Et pourtant, chaque année, le pourcentage de reçus dépasse nos espérances. Qu’en est-il ? sommes nous plus exigent ? Les élèves ont-ils un éclair de génie lors des épreuves ? Notre évaluation en cours d’année est-elle erronée ? Ou bien le problème est-il plus profond ?

Revenons un peu en arrière, nous sommes en 1989, Lionel Jospin instaure une loi dont le 1er article est : « L’éducation est la première priorité nationale. ».(Code de l’éducation, art. L. 111-1.)

De même, pour ce qui nous intéresse :

  • La loi souligne que l’élève ou l’étudiant doit être un acteur de sa propre orientation et non la subir.
  • La loi rappelle l’existence d’une « communauté éducative » déjà affirmée par la loi Haby. Elle insiste sur la nécessité d’intégration des élèves et étudiants handicapés.
  • Parmi les objectifs de la loi, figure celui de conduire l’ensemble d’une classe d’âge au niveau du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou du brevet d’études professionnelles (BEP), et 80% de la même classe d’âge au baccalauréat.

Je débuterai mon propos par le dernier point. En effet il est louable de souhaiter un tel niveau de réussite pour les jeunes. Mais cet objectif semble demander des moyens que l’état ne peut (ne veut ?) donner. Partons-nous d’une idée que chaque élève a en lui la même capacité d’atteindre le même objectif au même moment ? Pour ma part je reste convaincu que chaque jeune a son propre potentiel qui n’est pas identique à celui de ses camarades. Vouloir amener une classe d’âge à un diplôme revient à en brider certains et en perdre d’autres. N’est-il pas là le vrai nivellement du système scolaire ? Où fixer le curseur ?

Les freins mis au redoublement (que je considère inutile tel qu’il est maintenant) amène invariablement des élèves qui n’ont pas le niveau dans la classe supérieure. L’ultime aboutissement pour chaque élève (ou famille ?) étant d’arriver en terminale S, Saint graal du monde éducatif, clef de toute filière digne de ce nom. N’en est-il pas moins que l’on souhaite amener ces fameux 80% de la classe d’age au BAC : Une solution? Il semble, en en ayant discuté avec des enseignants, que la solution la plus simple et la plus économique est encore d’adapter le niveau de l’examen à celui des élèves plutôt que l’inverse. J’attends bien sûr beaucoup de remarques à ce sujet de personnes qui pensent le contraire… Et j’en serais heureux, le débat est positif. Ce qui est vrai dans les filières générales l’est aussi en technologique et en professionnel. De mon côté, correcteur régulier du DNB série technologique et professionnelle, je me rends compte à quel point il est demandé la plus grande indulgence de notre part dans la correction. quitte en mathématiques à donner les 3/4 des points si un résultat sans explication est donné, pour ne pas pénaliser un élève qui aurait tout fait au brouillon et n’aurait pas recopié. Où va-t-on ? Je rappelle le premier article de cette loi : « L’éducation est la première priorité nationale ». N’est-il pas temps que la nation se donne les moyens de ses objectifs?

Pour le deuxième point, je pense que tout n’est pas encore mis en place dans beaucoup d’établissements pour l’accueil des élèves handicapés. Pour ne citer qu’eux, ayant de plus en plus d’élèves dans cette situation, qu’est-il réellement mis en place pour l’accueil d’élèves dyslexiques dans les établissements scolaires ? Pour aller plus loin : qu’est-il mis en place dans les Maisons Familiales Rurales ? Bien sûr le rythme adapté, les faibles effectifs, l’encadrement des jeunes apportent des résultats à ces élèves mais est-ce tout ce qu’il y a à faire ?

Pour le premier point, qui indique que l’élève doit être acteur de sa propre orientation et non la subir, qu’en est-il vraiment ? Comment un jeune peut-il maîtriser son orientation ? Là les MFR tirent leur épingle du jeu grâce à leur pédagogie de l’alternance. Un jeune entré en quatrième de l’enseignement agricole dans mon établissement aura 36 semaines de stage (soit 6 stages) pour se faire une idée des domaines susceptible de l’intéresser. Cela fonctionne : Les jeunes vivent mieux leur orientation. Pour le général c’est plus compliqué. En effet, La réforme pédagogique des lycées, mise en oeuvre il y a une quinzaine d’années, avait pour objectif principal de rééquilibrer les filières et les séries, notamment en mettant fin à la suprématie de la série C. Les enseignements optionnels proposés en seconde avaient pour fonction d’aider les élèves à choisir leur série de première et les spécialités de terminale à affiner leur orientation vers les différentes voies de formation supérieures. Or l’analyse des processus d’orientation, de la fin de la classe de troisième à l’entrée dans l’enseignement supérieur, montre que ces objectifs ne sont pas atteints.

La diversité des raisons que les bacheliers S avancent pour motiver leur choix de cette série16 est révélatrice du rôle que joue la série S dans le processus de détermination d’une élite scolaire. C’est ainsi que des « non-scientifiques » (du point de vue des enseignants de cette filière) choisissent cette voie pour s’assurer une poursuite d’étude dans des filières plus « prestigieuses ».

Si 44 % d’entre eux disent avoir choisi la série S par goût pour les sciences (ce sont, en moyenne les plus jeunes, les meilleurs , ceux qui ont choisi en terminale, les spécialités mathématiques et physique-chimie), 30 % disent l’avoir fait pour se garder ouvertes toutes les possibilités de poursuite d’études supérieures (ce sont notamment ceux qui s’orientent finalement vers les classes préparatoires économiques ou littéraires ou les formations universitaires non scientifiques), 12 % parce que la voie scientifique est nécessaire pour les études qu’ils envisagent (formations de santé), 11 % parce que c’est dans les disciplines scientifiques qu’ils ont les meilleurs résultats (ce sont ceux que l’on retrouve ensuite en sciences à l’université ou dans les IUT secondaires), 3 % parce qu’ils y ont été poussés par
leurs parents ou par leurs professeurs (sciences humaines).

Mais ne nous leurrons pas, si aujourd’hui atteindre la terminale S est une porte ouverte à un avenir brillant, les formations supérieures se chargent de faire le tri. Si beaucoup arrivent en 1ère année de médecine, combien en sortent ? Combien sont refusés en école d’ingénieur ? Bien sûr, les malchanceux se verront ouvrir toutes grandes les portes des BTS. Mais dans ce cas, qu’en est-il des laissés pour compte des filières technologiques et professionnelles ? Ont-ils toujours cette liberté d’orientation ? restent-ils véritablement acteurs ou sont-ils seulement spectateurs? Peut-être encore avons-nous trouvé une solution à ce problème en supprimant progressivement les filières technologiques… Dans combien de temps allons nous nous retrouver avec 2 uniques voies : générale ou professionnelle; 2 uniques diplômes : Le bac Professionnel et le bac général (sous entendu « S »).

Un gros travail doit être fait, me semble-t-il pour redonner un niveau en adéquation avec le diplôme préparé. Le diplôme n’est-il pas le moyen d’authentifier le niveau atteint par l’élève à un moment donné de sa scolarité. Donnons la chance à nos enfants d’être fier de leur diplôme au lieu de chercher à le brader. Nous nous plaignons que nos scientifiques partent à l’étranger ? Patientons, bientôt peut-être bientôt seule la France voudra bien les recevoir.

A bientôt !

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