Après une certaine absence je me décide à reprendre le clavier pour vous présenter ma démarche d’inverser le rythme pédagogique en mathématiques avec une classe de 4ème. Pour rappel, cette classe est en formation par alternance selon un rythme de deux semaines en entreprise et deux semaines en classe. J’évalue ces jeunes par compétences en utilisant les points lomer au travers de la plateforme SACoche. J’autorise l’erreur en permettant à chaque jeune de se faire ré-évaluer quand il pense avoir acquis une compétences qui ne l’était pas le jour de l’évaluation. En fin de trimestre, un devoir (noté cette fois-ci) reprend l’ensemble de ce qui a été vu. La liste des exercices qui seront potentiellement utilisés dans le devoir a été donnée en début d’année à chaque élève. Seul un exercice n’est pas dans la liste mais n’est pas plus compliqué que ce qui a été étudié en classe.

Aujourd’hui j’ai souhaité vous présenter comment je mène ce que moi j’appelle un chapitre de cours. Chaque chapitre est inscrit dans une progression spiralée que chaque élève se voit remettre au début de l’année. Cette progression a pour but d’éviter tout cloisonnement des notions abordées. J’ai dans le passé souvent observé qu’un cours traditionnel a tendance à favoriser l’effet zapping: Un fois qu’une notion a été vue et évaluée, l’élève imagine ne plus en avoir besoin. Je caricature bien sûr le propos mais en y regardant de plus près… Cette approche c’est aussi faire le choix de revenir régulièrement sur une notion. Chaque chapitre
ne sera jamais traité en une seule fois. Ainsi chaque élève aura le temps de réinvestir les notions plusieurs fois dans l’année.

vecteur calendrier  19/10/2014. Dernier jour de classe avant le départ pour une semaine de stage suivie d’une semaine de vacances. Je donne à mes élèves les consignes (verbalement et sur l’ENT) pour ces 2 semaines hors de l’établissement : « Étudiez le chapitre 6 sur l’espace numérique de formation. N’oubliez pas de formaliser ce que vous n’avez pas compris et surtout n’hésitez pas à m’envoyer vos remarques par message. »

L’espace numérique de formation est une plateforme que j’ai mis en place dans l’établissement. Accessible sur internet, elle permet aux élèves d’accéder aux ressources que je mets à leur disposition tout en me permettant de suivre précisément leur avancée. Développée autour de Chamilo, cette plateforme est très simple à utiliser et permet des fonctions intéressantes.

Chamilo

suivi

Durant les 2 semaines hors de l’établissement, les élèves n’auront qu’à se soucier de l’étude du cours. Ce cours se décompose ainsi (les fichiers sont en PDF):

1- une phase d’exploration personnelle afin de permettre une réflexion sur le sujet : Avant de commencer à étudier ce cours

En effet, il me semble que dès que c’est possible, il faut encourager l’expérimentation afin de permettre aux jeunes d’exprimer des conjectures, de développer une culture du raisonnement et du nombre.

 l’expérience est bien le juge de paix au verdict duquel doivent se soumettre une conjecture.[BRIAND 2005]

2- Une modélisation de la phase d’exploration sur un logiciel de géométrie dynamique : Géogebra.

3- Une étude partie par partie du cours avec un QCM entre chaque partie pour vérifier la compréhension :

vecteur calendrier 03/11/2014. C’est le retour en classe. Je me suis assuré au préalable que l’ensemble des élèves s’est bien connecté au chapitre grâce à l’interface de suivi. J’ai, sauf exception, 5 séquences hebdomadaires de 55 minutes avec les élèves de 4ème sur environ 16 semaines de cours pleines. Soit un peu plus de 73h de cours. Les élèves seront disponibles toute la semaine étant tous internes.

Chaque semaine, j’ai demandé à ce que mon emploi du temps soit découpé ainsi :

  • 1 séquence de 55′ le lundi
  • 2 séquences attenantes de 55′ dans la semaine
  • 1 séquence de 55′ dans la semaine
  • 1 séquence de 55′ le vendredi

La première séquence permet de faire une mise en commun du chapitre. Les élèves posent des questions sur ce qui n’a pas été compris. On essaye ensemble de reformuler le cours au besoin afin d’y apporter les corrections nécessaires. A ce stade j’essaye de favoriser les échanges entre les élèves afin de casser la relation au savoir qu’ils entretiennent depuis le début de leur scolarité. Je ne me place plus comme étant le seul détenteur du savoir. C’est dans cette phase que les bribes de souvenirs ressortent. Chacun veut montrer la méthode que tel enseignant lui a donné pour tel ou tel problème. J’introduis là une dose d’apprentissage par pairs. dans son livre intitulé Peer Instruction (1997) Eric Mazur, professeur de physique appliquée à l’université de Harvard, définit cette approche comme étant

un style d’apprentissage interactif qui implique activement les apprenants dans le processus de l’apprentissage

La deuxième séquence de 110′ nous amène en salle informatique. Les élèves se connectent sur le site LABOMEP afin de faire les exercices préparés à l’avance. Le tableau blanc (qui fait aussi office de TBI au besoin) est disponible pour que les élèves s’en servent comme brouillon. C’est le moment que les élèves attendent car au milieu de l’effervescence apparente de cette séquence, je suis disponible pour chacun d’entre eux quand ils en ont besoin mais les autorise à s’entre aider. Avec l’apprentissage entre pairs, les participants échangent, communiquent et partagent des informations. Quand, dans un modèle transmissif, le formateur est amené à placer le « formé » dans une posture de spectateur, dans l’apprentissage entre pairs, chacun peut être pleinement acteur s’il intègre cette sphère égalitaire de formation, chacun placé sur la même ligne, sans jugement, sans rapport de hiérarchie.

labomepCela me permet aussi de mieux répondre aux difficultés de chaque élève et d’envisager un travail de remédiation lorsque je suis de permanence dans la semaine. En effet, notre fonction nous amène à terminer régulièrement notre service à 21h. Les élèves ont tous la possibilité d’aller en étude surveillée par un enseignant de 18h à 19h.

Cette séquence d’apprentissage par les pairs permet aux apprenants :

  • d’acquérir de nouvelles compétences à travers l’essai-erreur au travers d’exercices interactifs;
  • de renforcer leur esprit d’entraide et de collaboration,
  • d’apprendre par eux-même et développer une certaine indépendance,
  • de m’amener à me poser des questions sur mes méthodes d’enseignement, les revoir, les améliorer voire même les adapter si je sens que c’est nécessaire,
  • de consolider/ construire des relations d’ordre socio-motivationnel et d’améliorer les capacités de communication et de leadership des élèves.

La troisième séquence permet de faire une sorte de tampon pour faire le point de la semaine, de finir les exercices et de réajuster le cours.

La dernière séquence, celle du vendredi, est réservée à l’évaluation des élèves dont voici un exemple : évaluation chapitre 6

Observations à ce point de mon expérimentation

La classe inversée libère du temps de classe pour utiliser des pédagogies actives lors de la séquence en salle informatique (apprentissage par les pairs). Les approches d’apprentissage par problème demandent du temps en classe. Il est souvent difficile de concilier le temps nécessaire à la transmission des savoirs de base et celui où l’enseignant fait que ses élèves sont actifs. La classe inversée permet de résoudre ce dilemme en exportant la leçon en dehors du temps de classe.

La classe inversée demande plus de travail qu’un cours traditionnel. Sans parler des outils utilisés pour créer les cours, c’est une perpétuelle remise en question du cours. Depuis que j’ai commencé à travailler de la sorte, mes cours n’arrêtent pas d’évoluer et j’ai l’impression de refaire sans cesse le travail de réécriture du scénario de cours.

J’ai l’impression que les élèves se sentent moins stressés par rapport aux classes dans lesquelles j’enseignais de façon plus traditionnelle. Je ressens moins de problème de discipline.

La séquence en salle d’informatique, en tentant d’individualiser la phase de réinvestissement du cours,  demande beaucoup d’énergie.

Éternel insatisfait ou bien trop perfectionniste, il n’en demeure pas moins que je ne suis toujours pas satisfait de ma façon de faire cours. Les élèves s’y retrouvent et certains me disent même que maintenant ils aiment les maths mais je reste toutefois dans l’idée que l’on peut encore faire mieux. Notamment, comment intégrer plus les 7 types d’intelligence dans une classe inversée ?

Actuellement, les cours restent écrits et favorisent certains au détriment d’autres. Je pense donc à ajouter à mon cours des capsules vidéo ou des dessins animés qui permettraient peut être à d’autres élèves de mieux les assimiler.

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