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L’année prochaine, mes élèves de 4ème vont pouvoir expérimenter en cours de mathématiques d’une méthode pédagogique différente de ce qu’ils ont eu l’occasion de vivre les années précédentes.

Avec une méthode traditionnelle, les élèves font cours en classe et travaillent les exercices à la maison. Une heure de cours durant laquelle on copie un texte dicté par un enseignant est un temps qui n’est pas consacré à l’aide aux élèves qui ont des difficultés. Ces élèves ne peuvent donc pas facilement faire leurs exercices pendant l’alternance et se démobilisent le reste de l’année. De même, certaines élèves sont en demande pour aller au-delà de ce qui a été vu et se retrouvent frustrées de ne pouvoir le faire.

C’est pourquoi, dès la rentrée, nous ferons l’expérience de la classe inversée. C’est-à-dire que les élèves auront à étudier les cours théoriques à la maison pendant leur période d’alternance (notre établissement pratique une pédagogie particulière mêlant vie professionnelle et école sur un rythme de 2 semaines de stage suivies de deux semaines d’école), pendant le week-end ou bien en étude et cela par le biais de la plateforme de formation de la MFR accessible sur internet. Ainsi, ils auront tout le temps nécessaire pour lire le cours et se l’approprier. Ils auront à noter ce qu’ils n’ont pas compris, les questions qu’ils se posent et devront chercher dans quels domaines domestiques ou professionnels le cours peut s’appliquer, c’est ce que nous appellerons les plans d’études. Cette phase d’apprentissage est très importante, je ne pourrais accepter que les élèves ne la fasse pas sérieusement. Les élèves n’ayant pas fait ce travail devront le faire au retour et ne pourront donc pas participer aux autres ateliers. Au-delà de la sanction qui en découlera, ils se priveront eux-même d’avoir les explications du formateur. Le travail sera lui par contre récompensé et l’implication de chaque élève fera partie de l’évaluation. Ce temps en classe sera consacré à une mise en commun des difficultés de chaque élève et du travail de recherche. Ensuite, le temps restant sera consacré à l’application du cours autours d’exercices construits à partir de la mise en commun et que les élèves eux-même créeront  ou autours de projets particuliers.

Nous fonctionnerons toute l’année avec des groupes de compétences, en effet il n’est pas possible d’avancer avec le même rythme avec des élèves de niveau très différents. Vouloir le faire c’est risquer de perdre un peu plus les élèves en grosse difficulté et lasser les élèves qui sont en attente de plus. Une auto-évaluation au retour de l’alternance permettra de définir 3 groupes qui avanceront à leur rythme grâce à des outils individualisé, notamment Labomep dont j’attends les nouvelles fonctionnalités avec impatience depuis ma participation aux journées du numérique. Chaque jeune, aidée par son enseignant, apprendra petit à petit à se connaître et à évaluer ses propres capacités sur le chapitre en cours. Il n’est pas question de groupes de niveaux en début d’année mais bien de groupes qui se constitueront et se modifieront au gré des chapitres et des connaissances acquises. Le système de notation actuel, qui répond à l’obsession du classement des élèves, crée une très forte pression scolaire et stigmatise les élèves les plus fragiles. Démotivantes, les mauvaises notes sont vécues comme une sanction et ne disent rien des connaissances et des compétences acquises par les élèves. Les conséquences de ce système sur les élèves les plus fragiles sont importantes : perte de confiance en soi, refus du travail scolaire, détérioration des relations avec les enseignants, conflits dans la famille, et à terme, souffrance scolaire voire décrochage scolaire. C’est pourquoi à ce niveau, aucune note ne sera donnée, nous utiliserons des grilles issues du socle commun de compétences et de connaissances.

Chaque compétence (je préfère le terme capacité) sera soit notée non acquise (l’élève ne maîtrise pas du tout la notion), en cours d’acquisition (la notion est encore trop faiblement maîtrisée), presque acquise (la notion est maîtrisée mais n’est pas encore réinvestie dans un contexte différent), acquise (la notion est complètement assimilée et peut être réinvestie dans d’autres contextes). Dans cet esprit, et à chaque fois que nécessaire, nous utiliserons des compétences transversales. Ainsi, des activités mêlant d’autres matières utilisant les mathématiques ou pouvant être utilisées seront intégrées (Physique, chimie, Consommation, Anglais…). Le découpage des chapitres du cours de mathématiques a lui-même été pensé pour permettre à chaque notion d’être revue à des moments différents de l’année (progression spiralée). Ainsi, il sera plus facile de déterminer si une capacité a bien été intégrée ou pas.

Parce qu’une connaissance ne doit pas être mise de côté une fois le cours terminé, chaque fin de trimestre sera l’occasion de proposer aux élèves un devoir reprenant ce qui a été vu depuis son début. Ce devoir, dans l’esprit du diplôme national du brevet aura une double correction, l’une en utilisant les compétences, l’autre avec le système de notation classique afin de ne pas trop éloigner les élèves de ce type d’évaluation. Cet objectif, connu à l’avance, obligera chaque élève à faire les efforts demandés pour pouvoir progresser. Les élèves, et les familles, connaitront dès le début de l’année la liste des exercices qui seront utilisés dans les contrôles en classe. J’entends ainsi réduire l’effet de stress du contrôle que certaines élèves appréhendent (cf : la constante macabre. André ANTIBI). Les élèves sauront donc à l’avance ce qu’ils ont à réviser, il n’y aura pas de piège, pas de surprise. La note obtenue sera le fruit du travail et de l’investissement de chaque élève. Le devoir comprendra toutefois un exercice nouveau (qui n’est pas dans la liste) noté sur 4 points afin de valider les connaissances de l’élève dans un contexte différent. Cet exercice ne sera ni plus dur, ni plus long ni même complètement différent de ce qui a déjà été étudié dans le cours. A la suite de ce devoir, des séances de remédiation seront organisées afin de permettre à chaque élève de revenir sur les erreurs commises et de faire un rappel du cours. Ces séances seront l’occasion pour ceux qui ont compris d’expliquer à ceux en difficulté. Une classe ne doit pas être un espace de compétition mais d’entraide.

« L’erreur n’est pas une faute, mais une information » a écrit Daniel Fabre. Pour ne pas décourager les élèves, l’évaluation doit être un encouragement et non un découragement. En effet, non pas un moyen de sanctionner, l’erreur permettra au contraire à chaque jeune de faire le point sur ce qui n’est pas encore totalement acquis. A tout moment de l’année, un élève qui estime avoir compris un point de cours déjà évalué et qui souhaite être ré-évaluée pourra en faire la demande. Le travail supplémentaire donné sera évalué et entrera dans le calcul de la moyenne comme tout autre devoir. Ainsi, la motivation à réussir sera, je l’espère, développée.

N’hésitez pas à me faire part de vos expériences similaires ou de vos commentaires. A bientôt pour les premiers retours d’expérience.

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